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Steve Kayser Directeur de Centre de Documentation et de Recherche sur l’enrolement forcé

Au-delà de 60 ans après la Seconde Guerre mondiale: Commémorer, enseigner et apprendre au Grand-Duché de Luxembourg

Les Hommes peuvent renforcer leurs liens en définisssant une identité commune à partir d'une mémoire collective construite. Au cours du 19e siècle, quand les nations européennes prenaient naissance, cette circonstance joua un rôle fondamental. Cependant le choix des composantes du souvenir resta utilitaire et subjectif. De temps à autre, on se servit de l'historiographie, afin de créer une continuité et par la même une légitimité de la communauté. Dans ce contexte l'historien français Pierre Nora parle d'un tandem “histoire mémoire”. On est loin d'une recherche historique scientifiquement fondée. Nora l'explique de façon très pertinente: « Parce qu’elle est affective et magique, la mémoire ne s’accommode que des détails qui la confortent. »

 

Ce fut l'expérience déchirante de l'occupation nazie qui mit fin au processus de formation de la nation luxembourgeoise. Par conséquent la période de 1940 à 1945 ne peut être analysée que dans son ensemble.

 

L'importance de la thématique de la Seconde Guerre mondiale:

les piliers d'une mémoire collective

 

La “mémoire collective” par rapport aux événements de 1940 à 1945 est très prononcée au Luxembourg. Aucune période n'a davantage marqué le Grand-Duché que celle de l'occupation nazie. Le 10 mai 1940 la “Wehrmacht” envahit le pays neutre et désarmé. Début août, le territoire est placé sous la coupe d'une administration civile allemande. Il reste occupé jusqu'au moment de la libération par des troupes américaines entre le 9 et le 13 septembre 1944. Avec l'”Offensive des Ardennes” en hiver 1944/45, le spectre nazi est de retour. Au nord du pays de nombreux villages sont largement détruits à la suite des combats acharnés.

 

Il n'y a pas de collaboration d'Etat au Luxembourg. La Grande-Duchesse Charlotte en tant que chef d'Etat et son Gouvernement se dérobent à la mainmise nazie. En prenant le chemin de l'exil, ils sauvent  l'indépendance du pays et le situent parmi les rangs des Puissances Alliées. Un ministre ne réussit pas à franchir les lignes allemandes. Le 14 avril 1945 le retour de Londres de la Grande-Duchesse Charlotte met fin à la guerre pour les Luxembourgeois.

 

La période est difficle à interpréter dans son ensemble. Les fonds d'archives restent dispersés, ce qui rend leur exploitation difficile. Le comportement de la population face à l'occupant ne nous permet guère de la cataloguer en résistants (“Resistenzler”, environ 3%   de la   population totale de 290000 habitants) et en collaborateurs (“Gielemännecher”, environ 3% de la population totale). Le sujet reste délicat. Les plaies, qui ne se sont toujours pas cicatrisées sont profondes. Le bilan humain est frappant. Pour la première fois des Luxembourgeois son morts pour la patrie. Les pertes en vies humaines suite à la guerre correspondent à environ 2% de la population totale.

Le “Spéngelskrich” (litt. “guerre des épingles”) en été 1940, l'échec du recensement populaire allemand (“Personenstandsaufnahme”) du 10 octobre 1941 et la vague de manifestations de grève et de mécontentement qui se répand sur la totalité du territoire au lendemain de la proclamation du service militaire obligatoire dans les armées allemandes (“enrôlement forcé”) du 30 août 1942, témoignent de la profonde abnégation d'une grande partie des Luxembourgeois face à l'oppresseur nazi. Le chef de l'administration civile (CdZ), le Gauleiter Gustav Simon est forcé à se rendre compte de cette attitude de refus. Pour cette raison les tentatives d'après-guerre pour dissocier l'enrôlement forcé, la “Grève Générale”, le tribunal d'exception (“Standgericht”) et la transplantation forcée (“Umsiedlung”) contredisent toute étude scientifique.

 

Il n'y a aucun doute quant à la portée de ces dates sur le sentiment national des Luxembourgeois opprimés. Leur importance appelle à notre devoir de mémoire. La célébration de cérémonies solennelles, l'érection de monuments, l'installation de plaques commémoratives ou la création de mémoriaux en font de véritables piliers de notre mémoire. L'analyse des années noires ne peut être séparée d'un contexte européen plus général. Sans étudier le national-socialisme et ses conséquences, il est impossible de saisir la complexité des événements entre 1940 et 1945.

 

La Seconde Guerre mondiale est une partie intégrante de notre identité européenne. Plus de 75 ans après la prise de pouvoir par les nazis (“Machtergreifung”), plus de 70 ans après la faillite de la paix mondiale au cours de la conférence de Munich, plus de 70 ans après les pogroms anti-juifs de la “Reichskristallnacht” et plus de 68 ans après l'occupation du Benelux par la “Wehrmacht”, le traumatisme reste profondément gravé dans la conscience européenne.

 

La présence de la thématique de la Seconde Guerre mondiale:

la commémoration d'une épreuve

 

En 1945 les premières journées du souvenir sont célébrées au Luxembourg. Aujourd'hui, il y a deux commémorations officielles et nationales instituées par la loi. Elles sont organisées par le Gouvernement en accord avec tous les organes officiels, les fédérations et amicales de témoins et les écoles.

 

La “Journée nationale de la Solidarité Luxembourgeoise” est dédiée au souvenir de toutes les victimes de la guerre. Organisée autour du 10 octobre, elle remémore en première ligne du recensement avorté en octobre 1941. Depuis 2002, une “Journée de la Mémoire de l'Holocauste et de la Prévention des Crimes contre l'Humanité” - d'abord autour du 10 octobre et depuis 2007 le 27 janvier – permet aux élèves d'aborder la thématique des crimes contre l'humanité. D'autres occasions, telles que la “Journée nationale de la Résistance” ou la “Journée Commémorative” des enrôlés de force sont patronnées et orchestrées par des organisations privées et appuyées par le Gouvernement.

 

 Au Grand-Duché pratiquement chaque localité est marquée par la guerre. Des noms de rues ou de places publiques, des plaques commémoratives et des monuments font appel à notre devoir de mémoire. Tout récemment, le 3 octobre 2008, dans le cadre de la “Journée nationale de la Solidarité Luxembourgeoise”, un “Monument de la Mémoire et de l'Espérance” a été inauguré à Steinsel. La sculpture honore le triomphe de l'Homme sur toute forme de mépris et de dictature. Référons-nous à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, qui fête son 60e anniversaire en 2008: “La dignité humaine est inviolable!”

 

A l'heure actuelle nous comptons au-delà de 382 monuments du souvenir à la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux se trouvent quatre “monuments nationaux”, à savoir: le Monument National de la Solidarité Luxembourgeoise”  (“Kanounenhiwwel”), le “Monument du souvenir” (“Gëlle Fra”), le “Monument National de la Résistance et de la Déportation” (“Hinzerter Kräiz”) à Luxembourg-Ville, tout comme le “Monument National de la Grève générale de 1942” à Wiltz.

 

De plus, la mémoire n'est pas homogène. Dans l'immédiat après-guerre les premières associations défendant les intérêts des diffèrents groupes de victimes se forment. Un climat de méfiance s'installe entre Résistants (“Resistenzler”) et Enrôlés de force (“Zwangsrekrutéiert”), notamment sur la question des dédommagements. Ce clivage est toujours existant et entrave un travail d'histoire et de mémoire efficace.

 

Pour que la mémoire reste vive et que la recherche historique sur cette période difficile se réalise, le législateur a créé pour chaque groupe de victimes un organisme voué au maintien du souvenir, le  Comité directeur pour le souvenir de la Résistance (CDSR en 2000) et le Comité directeur pour le souvenir de l'Enrôlement forcé (CDSEF en 2006), ainsi qu'un institut de recherche scientifique, le Centre de Documentation et de Recherche sur  la Résistance (CDRR en 2000), respectivement le Centre de Documentation et der Recherche sur l'Enrôlement forcé (CDREF en 2006). Tous sont rattachés au Ministère d'Etat. Les centres de recherche travaillent en étroite collaboration à rassembler, archiver et exploiter la documentation relative à la Seconde Guerre mondiale.

 

Dès 1944/45 de nombreux témoins se mettent à écrire sur leurs vécus. Aujourd'hui le flux de publications sur la thématique de la Deuxième Guerre mondiale est toujours impressionnant. La plupart en sont des témoignages individuels. Un certain nombre de monographies et de livres d'images s'y rajoutent. Les parutions scientifiques se font plutôt rares, hormis une série d'essais et  d'articles. Il n'y a pas non plus de débats sur des thèmes, comme p.ex. les volontaires de la “Wehrmacht” et de la “Waffen-SS”, les 14 Luxembourgois dans le bataillon de réserve de la police allemande 101 ou la spoliation des biens juifs au Luxembourg.

 

L'Université du Luxembourg se trouve en pleine phase d'éclosion. Une spécialisation sur l'histoire de l'occupation allemande n'a pas encore vu le jour. Le nombre de mémoires scientifiques présentés par les étudiants universitaires sur cette thématique est important. Dans le cadre de la formation pédagogique, l'université offre depuis quelques années des séminaires pour familiariser les aspirants-professeurs d'histoire avec les différentes approches pédagogiques à ce sujet. Ici l'étroite coopération avec la “Landeszentrale für politische Bildung Rheinland-Pfalz” et l'asbl ”Les Territoires de la Mémoire” de Liège porte ses fruits. Dans l'optique de l'éducation à la citoyenneté et à la paix, l'Armée luxembourgeoise organise depuis 2003 deux visites d'étude annuelles au “Centre européen du résistant déporté” au Struthof intégrées dans le programme de l'instruction militaire.

 

Dans les écoles, la Deuxième Guerre mondiale figure sur les programmes de l'enseignement  primaire (5e et 6e années d'études) et postprimaire (9e, 11e et 12e de l'enseignement technique, respectivement 2e et 1re de l'enseignement classique). Le sujet est également abordé dans le cadre des cours de langues, de formation morale et sociale et de philosophie. Un certain nombre de projets pédagogiques interdisciplinaires sont réalisés. De nombreux témoins, comme p.ex. Jean Majerus, Robert Loewen, Erny Gillen, Josy Schlang, Maurice Voutey, Jos Meunier ou Gerd Klestadt, pour n'en citer que quelques-uns, ont accompagné les élèves et leurs enseignants depuis des années dans leur confrontation avec le régime nazi. Dans cette optique, les visites des lieux de mémoire font  partie de la didactique de l'Histoire.

 

L'approche à la thématique de la Seconde Guerre mondiale:

le “Mémorial de la Déportation”, un lieu d'histoire et de mémoire

 

A l'origine, l'initiative de réaliser un mémorial sur le site de l'ancienne Gare de Hollerich à Luxembourg-Ville appartient à la Fédération des Victimes du Nazisme, Enrôlées de Force. En 1979, le Gouvernement donne le coup d'envoi, en mettant les locaux de l'ancienne Gare à la disposition de la fédération. Un comité d'organisation voit le jour. Il est chargé de la planification. Le Grand-Duc Jean est nommé Président d'honneur. L'Association des Déportés politiques du Luxembourg (“Ëmgesiedelt”) et le Comité Auschwitz y joignent leurs efforts. Au cours des années '90, un choix de documents, accompagnés de textes et de films-documentaires est réalisé grâce au conseil  scientifique d'historiens et au soutien de bon nombre de partenaires et de mécènes.

 

Le 29 mai 1996, au bout de plus de 20 ans de travaux préparatoires, le “Mémorial de la Déportation” est inauguré. Ses fondateurs, parmi lesquels nous retrouvons de nombreux témoins, s'engagent en première instance à agir contre l'oubli et surtout à informer la jeunesse sur les années de l'occupation nazie en particulier et le national-socialisme en général. Depuis septembre 2006, la Gare de Hollerich est aussi le siège officiel du Centre de Documentation et de Recherche sur l'Enrôlement forcé (CDREF). Dès lors travail de mémoire et recherche historique se rejoignent.

 

La Gare de Hollerich est un lieu emblématique rappelant que l'occupant y force de nombreuses gens à se séparer dans des conditions tragiques. Elle est le lieu de crimes violant le Droit des gens. En effet, le 18 octobre 1942 un premier convoi de 2000 enrôlés de force luxembourgeois part de cet endroit à destination des casernes allemandes. En tout et pour tout 10211 hommes et 3614  femmes sont privés de leur jeunesse. 2906 ne revoient plus leur patrie. Ce bilan correspond à environ 1% de la population totale! Pour la plupart des 4200 personnes transplantées de force (“Umgesiedelte”) à l'Est du Reich, c'est le début d'un long calvaire loin de leurs foyers. La minorité juive du Luxembourg est durement touchée. Sur les 4200 Juifs habitant le Luxembourg en 1939,  on dénombre 1200 victimes. Les Allemands les forcent dans les waggons de déportation à quelques  500 mètres des quais de la Gare, à l'endroit de l'ancienne Gare des marchandises.

 

L'authenticité historique du lieu (du crime) “Gare de Hollerich” permet de légitimer sa place dans la mémoire collective des Luxembourgeois. Dans ce sens, il garde une partie importante de notre identité nationale. Tout compte fait, le “Mémorial” émane d'une grande solidarité et symbolise en quelque sorte la complicité des Luxembourgeois durant ces années difficiles ainsi que pendant la phase de la reconstruction.

 

D'une part, le mémorial essaie de rétablir l'honneur écorché des victimes de l'oppression, d'autre part il cherche à transmettre surtout aux jeunes les connaissances nécessaires sur les crimes commis à Hollerich. Dans l'exposition des reproductions de photos, d'affiches, d'extraits de presse, de lettres et d'autres documents, ainsi que des films-documentaires permettent d'entrevoir les  différentes thématiques, telles que la persécution des Juifs, l'enrôlement forcé et la déportation politique (“Umsiedlung”) en les situant dans le contexte général de l'occupation.

 

Le “Mémorial de la Déportation” est un lieu d'une grande valeur pédagogique. Une approche magistrale pour enseigner ou étudier l'époque de 1940 à 1945 n'existe pas. A cet égard, les élèves, éducateurs et enseignants y trouvent toute liberté dans le choix de leurs approches didactiques et méthodologiques. Plutôt qu'une simple documentation des souffrances, l'exposition s'entend comme le point de départ d'une pédagogie active, qui cherche à stimuler les visiteurs à se poser des questions. La frontière entre histoire et mémoire apparaît au grand jour.

 

Un travail de mémoire efficace ne devra pas provoquer intentionnellement des émotions et les orienter selon ses besoins. Deuil et émotions appartiennent à la sphère intime de chaque individu. Pendant la visite du mémorial, il importe “d'accepter le fait qu'il y a des émotions, sans toutefois emotionaliser.” Ainsi trois impasses peuvent être évitées. Primo, la visite ne se réduit ni à un rituel sans âme, ni à un emballage vide. Secundo: la conclusion erronnée qu'un telle rencontre avec l'histoire serve de vaccin infaillible contre toute forme d'extrémisme politique et de ségrégation sociale est bannie. Tertio: la tentative de s'identifier personnellement avec les victimes du national-socialisme et de vouloir partager leurs souffrances, donc une “pédagogie de la compassion” sont contournées.

 

Un travail de mémoire efficace dépend également de l'approche personnelle de pédagogues ou  accompagnateurs spécialement  formés en cette matière. A travers la définition de projets précis et la constitution de groupes de travail, ces derniers arrivent à sensibiliser les jeunes gens aux souffrances réellement vécues en ce lieu et à réfléchir sur “ l'esprit étranglant, violent, arrogant, intolérant et absolu, impitoyablement logique du régime national-socialiste.” En tant que symbole de tolérance, de solidarité et de liberté, le “Mémorial” s'engage à préserver les valeurs démocratiques fondatrices de la société.

 

La Gare de Hollerich est un lieu de(s) rencontre(s). Souvent des témoins y discutent avec des jeunes qui, grâce à ce contact humain, commencent à s'intéresser aux récits individuels. Dans leurs têtes le lien entre cette “petite histoire” et la “grande histoire” devient tangible. En même temps, ils sont confrontés au caractère subjectif de chaque témoignage, par rapport auquel ils apprennent à demeurer  critiques. Le jeune est responsabilisé à prendre position sur son propre “vécu” en rapport avec le témoignage qu'il vient d'entendre. Ainsi, un dialogue fructueux entre générations sur un lieu chargé d'histoire voit le jour.

 

A partir de 2009, les établissements scolaires de l'enseignement secondaire disposeront de deux nouvelles offres pédagogiques. Partant de la fonction originale d'une gare, le site à Hollerich peut servir de point d'attache pour la phase de la préparation (cf. Départ), respectivement pour la phase d'évaluation (cf. Arrivée) d'un projet pédagogique. En un certain sens la salle de classe est  momentanément transférée dans le mémorial. De plus, le CDREF encadrera des ateliers historiques lors de matinées pédagogiques. Les responsables espèrent ainsi faire des jeunes visiteurs des “passeurs de mémoire et d'histoire”, afin de promouvoir l'éducation à la citoyenneté.

 

Parmi les objectifs pédagogiques des mémoriaux “KZ Osthofen” et “SS-Sonderlager Hinzert”, on retient e.a. que “ (...) l'apprentissage de l'histoire et de la politique sur les lieux authentiques témoignant de l'inhumanité du régime nazi offre aux jeunes en particulier - mais pas exclusivement à eux - des possibilités très propices à l'éducation politique.” L'exemple du “Mémorial de la Déportation” souligne le bien-fondé de ces propos.

 

Considérations finales

 

Aujourd'hui, il semble que la globalisation nous ait lancés à nouveau à la recherche de nos racines. Comme cependant notre entourage a gagné en complexité et devient de plus en plus multiculturel, la mémoire collective devra à son tour se réorienter selon les besoins des différentes composantes de la société. C'est ainsi qu'on aboutit à une mémoire plurielle. Il y a donc un effet d'éclatement de la mémoire, sans que pour autant cela n'entraîne sa désintégration. Aujourd'hui les particularismes individuels s'imposent là, où à l'époque la définition d'un souvenir partagé par une communauté entière réclamait un concensus.

 

Les monuments qui se réfèrent à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et aux crimes commis entre 1933 et 1945 ne se limitent pas seulement à inciter le contemplateur à penser à quelqu'un ou à quelque chose. L'acte de commémorer est censé nous inspirer du respect et du saisissement face à l'objet. De là nous nous sommes incités à y réfléchir. Chaque monument est en même temps un avertissement. Gràce à ce pont entre le passé et le présent, les témoignages sont déchiffrés et transmis aux générations futures.

 

La commémoration de faits précis ou des personnes précises à des occasions particulières ou en des endroits particuliers comporte trois dimensions:

-         un moment de rétrospective: la découverte du passé

-         un espace de réflexion: la compréhension du passé

-         un lieu de rencontre et de dialogue: la transmission des enseignements

 

Voilà les postulats à l'adresse de chaque membre de la société! Chaque citoyen doit être conscient de sa responsabilité, quand il manie le passé historique. Tout dépend de son approche personnelle et individuelle. C'est à ce stade que le travail de l'historien basé sur une analyse objective des sources historiques permet d'entrevoir les liens entre les évènements du passé et d'en tirer des conclusions pour l'avenir. Cela explique pourquoi l'historien ne ferme pas ses yeux à la mémoire, mais qu'il  adopte une attitude critique et distancée à son égard. 

 

Ainsi le legs de nos ancêtres sera sauvegardé. Il importe de comprendre la montée et le déclin de de la terreur nazie et d'en appliquer les enseignements au monde contemporain. Cette  approche nous permettra de capter la “créativité négative” innée de l'Homme: nous découvrons ce dont l'Homme est capable. Le national-socialisme s'est développé au sein d'une société imprégnée de progrès. La raison humaine doublée d'une soif de pouvoir contraire à toute barrière éthique l'a engendré. Or, guerre et destruction n'étaient (et ne sont) possibles que par le progrès. Néanmoins la raison humaine doublée de la volonté de liberté l'emportaient (et l'emportent) finalement sur la folie destructrice et raciste d'une mise au pas intentée par des maîtres imbus de brutalité.

 

L'avenir est entre nos mains. Il appartient aux jeunes gens multiplicateurs d'une mémoire plurielle et gardiens de tolérance et de valeurs démocratiques. Pour cette raison, les propos de l'enrôlé de force luxembourgeois, Abbé André Heiderscheid, recueillis dans son ouvrage Nie wieder- Als Pilger in Hinzert, Natzweiler-Struthof und Dachau” restent contraignants pour un chacun de nous: “... dans l'Europe et le monde de demain, il faut qu'il y ait assez de gardiens, qui soient au courant de ce que l'Homme est capable sous certaines circonstances, et qui se défendent contre le Mal dès ses premières manifestations par tous les moyens, pour qu'il ne se reproduise pas, ce qui ne doit plus se reproduire...”

 

 de films-documentaires, professeur à l'Université du Luxembourg, membre de la “Task Force for international Cooperation on Holocaust Education”, Paul Dostert est actuellement Directeur du CDRR et préside également la “Commission d'étude pour la spoliation des biens juifs au Luxembourg 1940-1945”. Signalons à cet endroit les travaux et publications d'André Hohengarten, ainsi que d'Abbé André Heiderscheid.