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Olivier Van der Wilt, Conservateur du Mémorial National du Fort de Breendonk

Le projet pédagogique du Mémorial National du Fort de Breendonk

Brève introduction

Avant toute chose, je désire remercier le Docteur Albrecht Gill pour son invitation à participer à ce colloque. Cette initiative transfron­talière m’apparaît très importante dans notre monde où la Mémoire et son usage pédagogique prennent de plus en plus d’importance mais sont également de plus en plus souvent institutionnalisés. En Belgique par exemple, les deux communautés principales (fla­mande et francophone) ont lancé de vastes projets de „rationali­sation“ de l’offre mémorielle qui pourraient à terme poser question. Cette même mémoire qui se retrouve régulièrement instrumentalisée (et utilisée) à des fins peu (ou trop) claires: entre la polémique sus­citée par la lecture de la lettre de Guy Môquet en France, les lois mémorielles en Espagne et en Allemagne, les comparaisons régulières et douteuses de nombreux événements contemporains avec l’Holocauste voire récemment en Belgique les prises de posi­tion d’un homme politique qualifiant le gouvernement fédéral belge de gouvernement de Vichy, les exemples d’instrumentalisation de la Mémoire ne manquent pas . Dans notre société en quête de repères moraux solides et tournée de plus en plus vers un passé que l’on muséalise ardemment, une éducation de la jeunesse s’impose et passe par une pédagogie adaptée. Merci de nous donner cette op­portunité de partager aujourd’hui nos expériences diverses en la matière.

 

Je me permettrai tout d’abord de resituer brièvement le fort de Bre­endonk dans l’histoire pour celles et ceux qui ne le connaîtrait pas.

 

Le fort fait partie d’un ensemble d’une trentaine d’ouvrages construits entre 1909 et 1914 afin de protéger le port d’Anvers, point d’entrée essentiel sur le sol belge en cas de conflit; il s’agit d’un fort en béton enterré sous une masse importante de terre et de sable provenant du creusement du canal l’entourant.

 

La période qui nous intéresse aujourd’hui puisque c’est bien elle qui est à l’origine de la création du Mémorial (Gedenkstätte) est liée à son occupation par les troupes nazies et plus particulièrement par les troupes SS de la Sipo-SD à partir de septembre 1940.

 

Idéalement situé à équidistance entre Anvers (Antwerpen) et Bruxelles, les deux plus grandes villes de Belgique et les points de con­centration les plus importants de la population juive de Belgique, le fort est longé par une voie rapide et est situé non loin d’une gare qui via Malines (Mechelen) permet de rejoindre aisément l’Allemagne. Bref, le choix de ce fort comme camp d’internement de la Sipo-SD s’impose de lui-même. Il est donc transformé en SS-Auffangläger et placé sous le commandement du Sturmbannführer Philipp Schmitt.

 

Il serait trop long de retracer toute l’histoire du camp jusqu’à sa libération en septembre 1944. Simplement, ses conditions de vie sont celles rencontrées dans tous les camps de concentration: mal­nutrition, humiliations, brimades, coups, torture et mort sont omni­présents durant les 4 années de son occupation par les détenus et leurs bourreaux.

Plus de 3.500 prisonniers belges et étrangers (droits communs, communistes, juifs, résistants, otages,…) y passent en moyenne trois mois avant d’être pour la plupart déportés. Plus de 300 y meurent, d’épuisement ou de mauvais traitement, fusillés ou pendus.

A la libération, en septembre 1944, le camp accueille tout d’abord des prisonniers de guerre allemands avant de voir arriver, sous la garde de la Résistance belge et pour une période de 10 semaines, des collaborateurs belges (principalement flamands) réels ou présumés. Il est ensuite brièvement camp d’internement officiel de l’Etat belge avant de devenir un Mémorial National.

 

Le Mémorial et sa mission inscrite dans la loi

Dès la fin de la guerre, des hommes politiques et diverses person­nalités en vue, tous anciens prisonniers politiques, s’efforcent de faire classer le site comme monument historique. Combat rapide­ment couronné de succès puisque le 19 août 1947, la loi institue le Mémorial National du Fort de Breendonk. Dès sa création, il se voit confié une double mission: „Veiller à la conservation perpétuelle des constructions et ouvrages” (…) et “prendre toutes les mesures utiles pour que le souvenir du Fort de Breendonk ainsi que des évé­nements qui s’y sont déroulés demeure vivant dans l’esprit de la Nation, stimule son esprit civique et favorise l’éducation patriotique de la jeunesse”.

On y voit poindre clairement le rôle pédagogique que lui assigne le législateur belge: déjà la citoyenneté mais également une notion qui est moins en vogue de nos jours en Belgique, le patriotisme.

 

Le Mémorial de Breendonk est donc présenté dès sa création comme bien plus qu’un musée, bien plus qu’un simple cénotaphe auquel l’on rend visite une fois l’an à l’occasion d’un pèlerinage: il est un lieu d’apprentissage à la citoyenneté où l’on travaille ce que Todorov appelle la mémoire exemplaire: on donne au Mémorial la mission d’étudier l’histoire du passé, de la comprendre et d’en tirer quelques enseignements.

Comme Todorov l’écrit: „sans nier la singularité de l’événement, j’ouvre ce souvenir à l’analogie et à la généralisation, j’en fais un exemple et j’en tire une leçon“. Cependant, de la théorie à la pratique, il y a un pas que le Mémorial mettra quelques années à franchir.

La période 1947-2003: entre mémoire et histoire

Comme toutes les institutions ici représentées, nous oscillons effec­tivement sans cesse entre Mémoire et Histoire; il n’est cependant pas encore question à l’époque de la création du Mémorial de devoir et/ou de travail de Mémoire et/ou d’Histoire mais ces notions appa­raissent à tout moment en filigrane de l’histoire du Mémorial.

 

La loi confie à l’origine - comme institution publique autonome - le Mémorial aux anciens détenus du fort. Le Conseil d’administration en est quasi-intégralement composé et le personnel de gardiennage est choisi de préférence parmi ces derniers également ou parmi les ayants-droits. Ceci donnant droit à une photographie assez éton­nante des retrouvailles sur la place des exécutions et de façon ami­cale un ancien détenu du camp, Frans Peeters devenu gardien et le Sanitäter Braun en visite au Mémorial.

 

A cette époque, dans un petit pays comme la Belgique, on connaît – et ce dans dans chaque recoin du pays - personnellement ou indi­rectement un détenu du Fort ou de celui d’un autre lieu de détention des nazis.

La population dans sa quasi intégralité – et à des degrés divers - a eu à souffrir de l’Occupation et de son cortège d’exactions: depuis le massacre de Vinkt durant la campagne d’invasion où la population locale est massacrée jusqu'à la déportation de près de 25 000 Juifs de Belgique au départ de la caserne Dossin, en passant par les rafles et arrestations, le rationnement, les privations,…

 

Breendonk a ce moment ne doit pas être présenté: on s’y rend en pèlerinage familial. Plus de 109 000 visiteurs se pressent pour le visiter la première année.

Le fort s’offre dans sa nudité historique: des murs et des casemates humides, où – comme le dit l’expression consacrée - le sang des martyres est à peine sec; le chantier où l’on devine encore la souffrance des détenus; la salle de torture. Peu d’explications sont offertes au visiteur: l’émotion seule plane sur la visite. Bien évidem­ment la jeunesse est également conviée à de grands rassemble­ments annuels qui voient affluer jusqu’à 6 000 pèlerins sur les plaines du fort.

 

Point besoin de pédagogie élaborée, le „Nie wieder das“ suffit amplement.

Le souvenir est encore ranimé et rendu plus prégnant par les procès des criminels de guerre: Nuremberg puis en Belgique celui de Malines où sont jugés les „bourreaux de Breendonk“. La couver­ture de l’événement par la presse belge est totale des deux côtés de la future frontière linguistique: pas un jour de procès sans une retranscription journalistique. Les bourreaux sont jugés et pour douze d’entre eux – SS, civils au service de l’Occupant et Zugführer - la peine de mort est requise et exécutée. Les images du procès nous montrent encore cette hostilité de la foule face à ce souvenir d’un passé encore si récent. Le souvenir est ravivé, ranimé et demeure fort de cette terrible épreuve.

 

Peu à peu, le conseil d’administration tente avec le peu de moyens financiers disponibles d’améliorer la visite. Des haut-parleurs sont installés qui dans quatre langues (français, néerlandais, allemand et anglais) offrent au visiteur l’histoire du fort à travers la voix de ses survivants. Les textes sont sobres et descriptifs et n’ont pas encore de réelle vocation pédagogique. On écrit l’histoire à l’aune de ses propres souvenirs – ainsi de Paul Levy, détenu n°19 et auteur de la plupart des études relatives à l’histoire du Auffanglager jusqu’à un temps récent - ou en fonction de livres récemment publiés par des anciens: il n’y a pas encore le recul nécessaire offert par le temps.

Les titres d’ailleurs ne trompent pas: Breendonk-la-mort (Edgard Marbaix-1945), Breendonk camp de torture et de mort (Boris So­lonevich-1944) , Breendonk camp de la mort rampante (Victor Trido-1944) , Bagnards et bourreaux (Jacques Ochs-1947), à l’ombre de la mort (Léon-Ernest Halkin-1945), l’enfer de Breendonk (Frans Fischer-1945),… Nous sommes alors dans l’ère de pure mémoire; l’ère de l’histoire n’est pas encore venue. Néanmoins, ces livres sont de véritables mines de renseignements pour pouvoir décrire le quo­tidien des détenus durant les quatre années de vie du camp.

 

En 1975 s’ouvre un petit musée dans l’ancien Revier du camp: empli des souvenirs ramenés de détention par les anciens détenus, il se révèle un bric-à-brac mémoriel où l’on entasse pêle-mêle des souvenirs du nazisme (ramenés de détention ou trouvés dans les ruines du troisième Reich), de la shoah (une boite de Zyklon-B et un morceau de Torah ramenés d’Auschwitz), des photographies et livres d’époque, des objets ayant appartenus aux détenus (unifor­mes, lettres, cigarettes, gamelles,…) ou aux bourreaux (uniformes, instruments de torture,…), … On n’y découvre pas de rigueur scien­tifique ou de réel fil conducteur qui pourrait amener à la réflexion.

Ainsi va le mémorial jusqu’en 2003: les visiteurs le désertent peu à peu; voire s’en désintéressent. Les chiffres de visiteurs ne frémis­sent plus qu’à l’occasion des anniversaires: à l’occasion des 50 ans de la libération en 1995, plus de 16.000 visiteurs poussent encore la porte du Mémorial durant le mois de mai.

Cependant, durant les années septante, une importante mutation a vu le jour au niveau des visiteurs: la majorité de ces derniers est dorénavant constituée non plus de familles et de visiteurs individuels mais par le public scolaire.

 

La Rénovation

En 2003 arrive un homme essentiel dans la revitalisation du mémo­rial: le professeur émérite Roger Coekelebergs, l’actuel président du Mémorial.

Au terme d’une longue et brillante carrière scientifique, cet ancien élève-officier de l’Ecole Royale Militaire, mobilisé en ’40, prisonnier de guerre en Allemagne (et évadé), détenu du fort (août 1941), résistant et chef de réseau de renseignements, officier de l’armée américaine après la libération de la Belgique, décide de mettre son énergie, son savoir-faire et ses connaissances à une refondation du Mémorial.

Persuadé que celle-ci ne peut se réaliser sans une étude scienti­fique approfondie et complète de l’histoire du Auffanglager, il engage un docteur en Histoire, Patrick Nefors qui prend deux années pour rédiger la première étude scientifique sans a priori, conclues par la publication d’un livre qui se veut néanmoins adapté au large pub­lic.

Sur base de ces recherches à la fois historiques et iconographi­ques, un muséologue de renom est engagé, monsieur Paul Vande­botermet, afin de redessiner le parcours. Le résultat est inauguré par le Roi Albert II, le 6 mai 2003 et marque un nouvel élan à tous points de vue: l’accent est dorénavant mis sur l’image et l’individualisation. L’histoire du fort est dorénavant racontée à travers le prisme des histoires individuelles de ses détenus et gardiens. Ainsi, le visiteur peut s’approprier l’histoire voire s’identifier avec ces détenus et leur tragique destin. On présente également les bour­reaux, une leçon d’inhumanité, certes, mais également un question­nement sur l’humain et ses dérives... tellement actuelles.

 

Chaque espace retrouve en 2003 son utilisation initiale à l’époque de l’occupation. Plus de 70 photographies et une quinzaine de témoign­ages filmés sont utilisés afin de donner corps à l’histoire. La péda­gogie fait son entrée à Breendonk et fait entrer le Mémorial dans le XXIème siècle. On quitte alors le domaine quasi exclusif de l’émotionnel qui eut cours pendant plus de 50 ans pour celui de l’histoire, tout en préservant le caractère de ce site unique en Europe par son parfait état de conservation.

 

Le visiteur individuel se voit remettre à son arrivée un audio-guide qui le mènera durant tout le parcours et lui fournira les données his­toriques nécessaires à l’appropriation de l’histoire du fort, de la vie quotidienne des détenus,… Les textes sont rédigés par le docteur Nefors et mis en oeuvre par le muséologue.

 

Parallèlement la décision est prise par le président d’obliger les groupes scolaires à s’adjoindre les services d’un guide –payant- formé par le Mémorial. En effet, la nouvelle structure de la visite ne permet plus de se laisser simplement guider à travers les couloirs du fort: des explications sont nécessaires qui sont fournies par les audio-guides mais il se révèle bien vite impossible de les distribuer à tous les étudiants nous visitant. Ceci nous permet aujourd’hui de veiller à ce que seule la véracité historique, débarrassée de ses scories mémorielles, soit offerte à nos jeunes visiteurs.

Cependant, outre la difficulté d’exercer un contrôle systématique et permanent sur la trentaine de guides indépendants, le recours à leurs services pose un problème de plus en plus prégnant pour cer­taines écoles: celui du coût engendré par un déplacement à Breen­donk. Pour éviter qu’un public scolaire ne puisse venir visiter le Mé­morial pour des raisons pécuniaires, nous organisons plusieurs fois dans l’année des séminaires à l’attention des enseignants qui le désirent et ce dans les deux langues nationales. Ces derniers débu­tent par une visite approfondie du mémorial suivie d’une après-midi d’échange avec les historiens du fort, le conservateur et/ou un té­moin direct des événements.

 

Depuis l’année 2007, nous invitons également des intervenants ex­térieurs à prendre la parole pour aborder des thèmes connexes à ceux du Mémorial, c’est ainsi que sont venus une responsable d’Amnesty International Belgique pour parler du droit humanitaire; des membres de La Croix Rouge néerlandophone afin d’expliquer le paquet pédagogique à disposition des enseignants traitant de la guerre et de ses limites légales; le professeur de l’Université de Gand, Bruno Dewever a animé un séminaire expliquant par le détail comment „adopter” un monument aux morts de sa commune et comment en exploiter les données (j’en reparlerai plus loin dans l’exposé) et le professeur Pieter Lagrou de l’Université de Bruxelles a explicité l’évolution des tribunaux internationaux depuis Nuremberg jusqu’à nos jours.

Cette année, monsieur Christophe Busch, criminologue et respon­sable du „centrum voor Holocaust en Genocide educatie” à Gand prendra la parole le 17 novembre prochain afin de traiter de la psychologie des bourreaux.

 

Le présent et l’avenir du projet pédagogique

En 2003, suite à la rénovation et sous l’impulsion du président, le Conseil d’administration procède à l’engagement d’un conservateur afin de veiller entre autres à l’évolution du programme pédagogique du Mémorial. Il est épaulé dans cette tâche par deux jeunes histo­riens fraîchement diplômés. Poursuivant la politique initiale, ces der­niers œuvrent prioritairement à poursuivre les recherches scienti­fiques chargées de fournir la base essentielle du travail péda­gogique. La principale source de renseignements se situe dans les dossiers des détenus politiques belges archivés et entreposés au Service des Victimes de la guerre, dépendant des services du Ministère de la Santé publique. Ces dossiers, constitués dans l’immédiat après-guerre afin d’offrir titres et rentes se révèlent bien souvent être des mines de renseignements inexploitées.

 

L’exploitation de ces sources anciennes et nouvelles nous amènent dans diverses voies pédagogiques: la première est actuellement en cours et devrait aboutir en mai 2009 à l’inauguration d’une salle in­teractive où sera présenté le projet „Je ne suis pas un numéro”. Ce projet consiste à redonner aux détenus du fort, leur visage et leur humanité par le biais d’un montage interactif: les visiteurs auront à leur disposition une série de Touch-PC grâce auxquels - et via des manipulations simplesb - ils pourront effectuer des recherches afin de retrouver les photographies et biographies de tous les détenus du fort. Les clés d’entrée du programme seront le nom, la date d’entrée en détention ou le lieu d’habitation du prisonnier au moment de son arrestation. Ainsi, l’appropriation par les visiteurs sera renforcée par l’ancrage local de l’histoire des détenus, pensons-nous.

Dans la salle, un grand écran surélevé et commandé par les enseig­nants permettra à ces derniers de mener des recherches qui seront suivies par le groupe d’élèves, évitant ainsi l’engorgement des PC et un travail pédagogique initié par le professeur et sous son entier contrôle.

 

Dans le même ordre d’idées, les historiens du Mémorial ont chacun réalisé une étude locale sur des prisonniers de Breendonk. Les deux villes choisies pour débuter le projet sont Landen et Tessenderloo. Ils ont ainsi rassemblés des documents originaux (photographies, cou­pures de presse, lettres, …), mettant en lumière le visage de la ville ou du village durant la Seconde Guerre mondiale, le quotidien des gens à l’époque de leur arrestation, le moment de leur arrestation, leur internement et ensuite - pour la plupart - leur déportation vers les bagnes ou les camps en Allemagne.

Deux dossiers seront sous peu disponibles pour les enseignants afin de leur expliquer les possibilités offertes au plan local – cercles d’histoire locaux, archives communales, monuments commémo­ratifs,…- pour mener ce type de travail avec sa classe. Sera jointe au dossier une liste d’organismes et de personnes de contact qui pourront aider les enseignants et les élèves dans leurs démarches. A nouveau, nous espérons une appropriation de l’histoire par les élèves en offrant à l’enseignant un moyen de passer du particulier au général en partant d’une histoire qui touchera les jeunes.

 

Dans le même esprit, le Professeur Bruno Dewever de l’Université de Gand (Gent) a organisé un séminaire de formation au Mémorial – qu’il répétera au mois de novembre dans sa ville d’attache - lors du­quel il a présenté un vade-mecum pour l’étude des monuments commémoratifs présents dans tous les villages et villes de Belgique.

 

Cependant, le principal projet récent qui vient d’aboutir à sa publica­tion reste le dossier pédagogique du Mémorial qui est disponible pour ceux et celles ici présents qui le désirent. Ce dernier est le fruit de plusieurs mois de travail et de discussions afin de ne pas pro­poser un „Nième” produit certes intéressant et valide scienti­fiquement mais difficilement utilisable dans le cadre scolaire. Avant de le mettre en œuvre, nous avons étudié les exigences légales en matière d’enseignement de l’Histoire en Belgique. En effet, les Ministères de l’enseignement aussi bien en Belgique francophone que néerlandophone ont édicté depuis plusieurs années déjà des règles précises et quasi révolutionnaires quant à la manière d’enseigner l’Histoire. C’est ainsi que l’accent est de plus en plus mis non pas sur l’apprentissage de savoirs mais plutôt sur des apprentissages de savoir-faire voire de savoir-être. En d’autres termes, il faut „appren­dre à apprendre“ et non plus se réduire en tant qu’étudiant au sim­ple rôle de récepteur face à l’enseignant-émetteur.

Pour ce faire, nous avons développé un dossier pédagogique con­stitué de fiches au nombre de huit. Chaque fiche traite d’un thème particulier: l’arrestation (pour répondre à la question „qui étaient les détenus du camp de Breendonk?“); la faim; exécuteurs, victimes & témoins; la torture, essence du système concentrationnaire; la déshumanisation des détenus. Chaque fiche est composée de documents originaux et peut être photocopiée et utilisée librement (les photographies sont pour ce dossier libres de droit) par exemple dans le cadre de travaux de groupes. Ainsi l’étudiant pourra lui-même construire son savoir, encadré par l’enseignant qui possède un petit guide lui donnant outre les sources des documents présentés, quelques pistes de réflexion. Il ne s’agit donc en aucun cas d’un nouveau livre d’histoire mais bien d’une suite de thèmes que l’enseignant abordera ou non selon ses désirs et/ou besoins. La présentation sous forme de fiche permettra par ailleurs d’évoluer et d’adjoindre de nouvelles thématiques en fonction du résultat des recherches effectuées.

 

Nous allons également débuter sous peu une nouvelle démarche, en axant une partie de nos recherches sur un travail d’actualisation à la fois du message du Mémorial (le Human Rights Memorial) et de mise en perspective de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et du système concentrationnaire nazi avec des faits contemporains. Les exemples sont en effet légion de l’existence de nombreux camps voire de système concentrationnaire qui peuvent être mis en parallèle aussi bien pour leur finalité que pour leur mode de fonction­nement avec ceux des nazis. Ce travail nous semble important pour créer aussi bien la proximité avec notre jeune public pour lequel les faits semblent si lointains que pour confirmer ce que signalait déjà Marcel Proust, „on ne profite d’aucune leçon, parce qu’on ne sait pas descendre jusqu’au général et qu’on se figure toujours se trouver en présence d’une expérience qui n’a pas de précédents dans le passé”. Ce nouvel axe de recherche permettra ensuite de tenter de tirer quelques leçons du passé, comme Todorov l’écrit: „le travail de mémoire, qui permet de passer, non directement d’un cas particulier à un autre, sur la foi de quelque vague contiguïté ou ressemblance, mais du particulier à l’universel: au principe de justice, à la règle morale, à l’idéal politique, lesquels se laissent examiner et critiquer à l’aide d’arguments rationnels. Le passé n’est alors ni simplement répété jusqu’à satiété, ni galvaudé en analogie universelle, mais lu dans son exemplarité. La leçon qu’on en tire doit être légitime en elle-même, non parce qu’elle provient d’un souvenir qui m’est cher; le bon usage de la mémoire est celui qui sert une juste cause, non celui qui favorise simplement mes intérêts“.

 

Un autre chantier, mis en place grâce à un subside exceptionnel de la région flamande, est le développement de la collaboration entre deux lieux de mémoire essentiels de la Seconde Guerre mondiale en Belgique: Breendonk et la caserne Dossin, lieu de départ de la dé­portation des Juifs dans notre pays. En effet, si les deux lieux ne sont distants que d’une quinzaine de kilomètres, la visite dans la même journée de ceux-ci s’avère parfois difficile. Il s’agit donc de dévelop­per des synergies entre les deux institutions afin de pouvoir offrir aux groupes scolaires une vision globale à la fois de la déportation de répression et de la déportation raciale.

 

Enfin, le Mémorial a initié en Belgique un réseau qui a pour nom „Histoire et citoyenneté“ qui réunit quatre acteurs essentiels du paysage mémorial belge: Breendonk, Dossin, le Musée Royal de l’Armée et les Territoires de la Mémoire à Liège. Ces institutions rencontrent divers critères: elles accueillent des visiteurs en grand nombre et proposent un parcours historique relatif à la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, en plus du développement du „cluster” Breendonk-Dossin (voir ci-dessus), l’enseignant reçoit également le choix de visiter le Musée Royal de l’Armée qui offre via un „Mémorial des conflits contemporains” une vision générale de la Seconde Guerre mondiale, tandis que les Territoires de la Mémoire à Liège, en offrant un par­cours symbolique du déporté, visent à mettre en garde de façon claire contre les dérives des mouvements d’extrême droite.

 

J’émets le voeu que l’opportunité offerte par ce colloque élargira encore le cadre des collaborations à un niveau international.